Cette triple interprétation – ce triple fantasme – est inquiétante pour deux raisons. Cela part du principe que la révélation d’un scandale financier est plus grave que le scandale lui-même, en d’autres termes que le détournement de 19 milliards de francs cfa relevant de la cagnotte commune aux pays de l’Afrique Centrale aurait dû demeurer un secret de famille, quitte à passer ce linge sale à la lessiveuse des pertes et profits. Et cela démontre une fois de plus l’incapacité de certains à concevoir qu’un journal puisse être indépendant, libre de mener ses propres enquêtes en dehors de toute influence afin, simplement, d’exposer une vérité, quitte à déranger. Cette incapacité et ce recours systématique au pseudo complot en disent long sur leur conception de la liberté de la presse…

Etant moi-même l’auteur de l’enquête, j’imagine que si les limiers de la BEAC en avaient le pouvoir, ils me soumettraient volontiers à la question : qui m’a informé ? quelles sont mes sources ? D’un naturel conciliant et afin de contribuer à dissiper quelque peu le lourd climat de paranoïa qui souffle sur le siège de Yaoundé – où chacun se regarde en chien de faïence – voici quelques indications. Mon (ou mes) informateur (trice ?) n’est (ne sont) ni gabonais, ni equato-guinéen, ni congolais, ni camerounais, ni tchadien, ni centrafricain, ni français. MM Biya, Obiang, Déby Itno, Bozizé, Sassou Nguesso, Bongo Ondimba et Mme Lagarde ont découvert l’ampleur de ce scandale en lisant JA. Voilà qui devrait aider à « l’enquête sur l’enquête ». A moins que ce ne soit l’inverse. Histoire de revenir à l’essentiel : il faut, d’urgence, nettoyer la BEAC, avant que d’autres cadavres ne sortent des placards.

Voir aussi sur JA.com, la réaction de Philibert Andzembé: