Petits piments
Par François Soudan, mardi 6 octobre 2009 à 11:22 :: Politique :: #60 :: rss :: lu 938 fois
De l’abbé Fulbert Youlou à Denis Sassou Nguesso, de Massemba-Debat à Lissouba, de Ngouabi à Yhombi, en passant par Alfred Raoul, qui ne régna que quelques heures le temps de donner son nom à un boulevard, tous ceux qui ont eu à présider aux destinées de ce pays vous le confirmeront : diriger les Congolais, c’est comme naviguer sur les rapides du grand fleuve. Il faut être habile pour ne pas sombrer. À fleur de courant, tapis sous l’aimable frondaison des jacinthes d’eau, les récifs abondent.
Ils ont pour noms divisions ethniques, malédiction du pétro-CFA, pratiques occultes, individualisme forcené, égalitarisme acéphale, appât du gain facile et de ce qui va avec : femmes, 4x4 et salons kitsch en marbre de Carrare. Résultat, la notion d’alternance se résume encore à un « ôte-toi de là que je m’y mette » autour de la table du banquet, celle de biens et de services publics se vérifie chaque jour au spectacle des décharges à ciel ouvert et des caniveaux bouchés, et les trop rares initiatives individuelles suscitent, quand elles réussissent, un zest d’admiration… et un tombereau de jalousies.
À en croire les soupirs des dirigeants, s’occuper d’un peuple aussi pimenté, râleur, railleur et éternellement insatisfait relève de l’apostolat – à défaut de faire croire au bénévolat. Que de confidences n’avons-nous pas recueillies sur le thème « mes compatriotes sont ingouvernables, croyez-moi ; ils ne me méritent pas, ce sont des ingrats ». Et pourtant : sur les huit chefs d’État (en comptant Sassou 1 et 2) qui se sont succédé depuis l’indépendance, aucun n’a quitté le pouvoir de son plein gré – comme quoi le sacerdoce doit avoir quelques avantages. Aucun sauf un, Denis Sassou Nguesso. Battu dans les urnes en 1992, il s’est élégamment retiré avant de préparer, dès le lendemain, son retour. Le fait qu’il soit, dix-sept ans plus tard, toujours au sommet de l’État n’est donc pas uniquement le fruit d’un rapport de forces, mais aussi la récompense d’un homme qui a su, quand il le fallait, composer avec les aléas de la démocratie. Même ses adversaires le reconnaissent : au milieu des grains et des tourbillons de la vie politique congolaise, il n’y a pas meilleur pagayeur que l’enfant d’Edou.
À en croire les soupirs des dirigeants, s’occuper d’un peuple aussi pimenté, râleur, railleur et éternellement insatisfait relève de l’apostolat – à défaut de faire croire au bénévolat. Que de confidences n’avons-nous pas recueillies sur le thème « mes compatriotes sont ingouvernables, croyez-moi ; ils ne me méritent pas, ce sont des ingrats ». Et pourtant : sur les huit chefs d’État (en comptant Sassou 1 et 2) qui se sont succédé depuis l’indépendance, aucun n’a quitté le pouvoir de son plein gré – comme quoi le sacerdoce doit avoir quelques avantages. Aucun sauf un, Denis Sassou Nguesso. Battu dans les urnes en 1992, il s’est élégamment retiré avant de préparer, dès le lendemain, son retour. Le fait qu’il soit, dix-sept ans plus tard, toujours au sommet de l’État n’est donc pas uniquement le fruit d’un rapport de forces, mais aussi la récompense d’un homme qui a su, quand il le fallait, composer avec les aléas de la démocratie. Même ses adversaires le reconnaissent : au milieu des grains et des tourbillons de la vie politique congolaise, il n’y a pas meilleur pagayeur que l’enfant d’Edou.

Commentaires
1. Le vendredi 9 octobre 2009 à 01:21, par Livi Guru
2. Le vendredi 9 octobre 2009 à 01:27, par Livu guru
3. Le dimanche 25 octobre 2009 à 02:30, par christian
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