C’est pourtant chose faite dans le dernier numéro de JA où j’évoque, entre autres, la "traversée du désert" méconnue du personnage fin 2006 et début 2007, qui pourrait être l’une des origines de son éloignement actuel. Dois-je me sentir (un peu) coupable ? Sans doute.

Il y a tout juste un an, en septembre 2006, j’assistais en direct à Rabat à une autre mise à l’écart : celle du général Hamidou Laanegri, patron de la police après avoir été celui de la DST, brusquement muté à la tête des forces auxiliaires, un poste de second rang. Au cours de mon enquête, j’apprend que Fouad Ali El Himma a, sur ordre du roi, mis en musique ce quasi limogeage et qu’il l’a lui-même annoncé à l’intéressé. J’écris et je publie. La foudre royale tombe sur la tête de Fouad le premier jour du ramadan 2006.

Pour qui se prend-il ? Pour un Basri bis ? A l’évidence, il est des secrets qui doivent être gardés. Début de la disgrâce dudit Fouad. Au Maroc, il n’y a pas de "numéro deux". Pas plus Fouad que Basri n’avaient d’autonomie, de force propre. La puissance n’est que déléguée et peut être reprise à tout moment. Surtout, ne jamais l’oublier.

A la télé, le soir, je regarde les images de M6 en tournée chez les ouvriers du phosphate, à Khourigba. Quelle ferveur ! Quelle popularité ! Quelle ruée du petit peuple en transe pour baiser la main du roi ! Rien de cela n’est feint et c’est cette obstination dans la dévotion, huit ans après, qui sidère toujours les étrangers. Même si les Marocains ne croient plus guère en leur classe politique, l’icône royale reste intacte.

Et tant pis pour ceux qui, après avoir pronostiqué que M6 allait démissionner parce qu’il n’aimait pas "le job", puis qu’il était sous influence des généraux, assuraient que l’avenir du Maroc était entre les mains des islamistes !